Retrouver nos racines indigènes
Juil 21, 2021

TRADUCTION

Ceci est une traduction libre de l’article Reclaiming our indigenous roots par Sharon Blackie.

Retrouver nos racines indigènes occidentales. Certains jours, cela semble être une tâche exigeante. Mais c’est le point central de mon travail depuis maintenant très longtemps. La raison pour laquelle j’ai écrit Femmes enracinées, femmes qui s’élèvent, dont en voici un extrait :

On observe, dans nos sociétés occidentales, un regain d’intérêt pour les sagesses indigènes. Nous ne pouvons cependant pas vivre selon les visions du monde d’autres peuple, dont les racines sont ancrées dans des terres et dans des histoires qui ont peu de rapport nôtres. Et pourtant, nous essayons : nous nous tournons vers l’Orient pour nos pratiques spirituelles – vers le taoïsme, par exemple, et le bouddhisme ; nous nous tournons vers l’Occident pour y trouver des conseils sur la manière de vivre en harmonie avec la terre – des récits et traditions Amérindiennes.

Mais aussi belles que soient ces traditions, nous n’avons pas besoin de nous tourner vers les mythes d’autres cultures pour trouver des modèles ou directives sur les manières de vivre plus authentiquement, en équilibre et en harmonie avec la planète dont nous dépendons. Nous avons nos propres histoires qui nous guident, et elles sont profondément enracinées au cœur de nos terres ancestrales. Nous les puisons dans les sources et cours d’eau ; en ratissant les plages, nous les extirpons du sable. Nous les cherchons dans les profondeurs des lacs, les déterrons des tourbières, nous suivons leurs traces dans les clairières ombragées des forêts enchantées.

Ces histoires ne font pas que nous ancrer dans la réalité : elles nous montrent ce que nous aurions pu être, nous les femmes, et ce que nous pourrions redevenir si nous le choisissions. … Si les femmes se souvenaient qu’il fut un temps où nous chantions dans la langue des phoques et volions avec les ailes des cygnes ; où nous forgions nos propres chemins à travers la sombre forêt tout en créant une communauté de ses nombreux habitants, alors nous nous élèverons enracinées, comme des arbres.*

Bien que Femmes enracinées, femmes qui s’élèvent fait l’éloge des femmes qui retrouvent leur voix et leurs histoires, il convient de souligner qu’il existe également beaucoup d’histoires consacrées aux hommes dans nos traditions européennes originelles. Pensez aux légendes du Graal, où seul un chevalier qui comprend le sens de la compassion – qui comprend la nécessité de poser gentiment la question « Qu’est-ce qui te fait souffrir ? » au Roi Pêcheur blessé – peut espérer atteindre le Graal et aider à restaurer la Terre désolée.

La vérité est que les mythologies et philosophies anciennes préchrétiennes oubliées de l’Occident – depuis les histoires des mondes invisibles de l’Irlande celtique aux sagas magiques finlandaises, en passant par les mythes centrés sur l’âme de Platon dans la Grèce antique – sont riches, complexes et belles. Elles ne se limitent pas seulement à une planète, mais évoquent un cosmos dans lequel tout est vivant et tout a un but propre. Elles parlent d’un monde dans lequel chaque âme incarnée choisit de venir, pour une raison bien précise : pour répondre à sa vocation unique et pour offrir un don qui ne peut s’exprimer que par une relation avec ce monde animé et une participation à ce même monde.

C’est pourquoi j’ai été ravi ce matin de lire cette interview, belle et inspirante, de Malidoma Somé dans le magazine canadien The Sun. Dans lequel il dit :

Dans une société qui fonctionne, l’initiation fait prendre conscience du sens de la vie, une vie qui ne consiste pas seulement à trouver un emploi et à gagner de l’argent. Nous avons besoin d’avoir une vision personnelle qui contribue au bien-être du monde. Trouver son but est le premier objectif de l’initiation. Elle enseigne également la responsabilité envers la communauté, le village et la nation. Selon l’approche indigène, nous venons tous au monde avec un don que nous devons offrir. Nous devons suivre une initiation pour découvrir quel est ce don et comment le partager. Les Occidentaux ont oublié – ou n’ont jamais appris – comment entreprendre une initiation qui serve l’identité individuelle ainsi que le but et le don. Il fut un temps où l’Occident était indigène. Qu’est-il arrivé à cette voie et à ces enseignements ? La voie indigène occidentale était-elle si mauvaise qu’elle a dû être détruite et remplacée par la perception newtonienne ? Comment se peut-il qu’une voie qui a servie pendant des milliers d’années soit maintenant sans pertinence ?

J’ai étudié depuis longtemps ces traditions indigènes occidentales – les anciens philosophes grecs, la littérature et le folklore les plus anciens des pays celtes de mes ancêtres – J’ai suivi le fil d’or tout au long des siècles, examinant les endroits où il s’effiloche, où il se noue, où il se casse. Et il est très clair, tout au long de la chaîne, que l’une des principales erreurs que nous ayons commises – et nous pouvons facilement remonter jusqu’à Platon et ses collègues philosophes – a été de valoriser le rationnel, l’intellectuel et le transcendant à l’exclusion absolue du « naturel ». En ne valorisant que la possibilité d’un au-delà désincarné, et en méprisant ce monde, cette vie, cette incarnation humaine.

Alors comment retrouver le chemin, reprendre les fils aux endroits où ils se sont emmêlés et noués, apprendre à tisser avec eux à nouveau ? Parce que nous sommes comme des enfants dans ce travail. Il est si facile de se tromper. Remplacer un vieux dogme par un nouveau, sans jamais comprendre que c’est le concept qui pose problème depuis le début, et pas toujours son contenu. De créer des cérémonies vides, de se concentrer sur la décoration plutôt que du contenu sacré qu’elles contiennent. Et je crois que la voie à suivre ne consiste pas à savoir ce que nous disons ou ce que nous faisons, ni à essayer de reconstruire le passé. Il s’agit d’apprendre à percevoir le monde différemment. Apprendre à vivre différemment dans ce monde. Il s’agit d’apprendre des moyens sûrs, respectueux et authentiques d’approcher cet Autre Monde qui est le fil conducteur de chacune de nos anciennes traditions européennes.

Parce que nous avons oublié qui nous sommes. Nous avons oublié la seule chose que toutes nos anciennes traditions nous disent : que nous sommes ancrés dans un monde qui est tout aussi vivant et doté d’une âme que nous pensons l’être. Carl Jung et James Hillman ont chacun dit à leur manière que la psyché n’est pas vraiment en nous ; nous sommes dans la psyché. Nous faisons partie de la psyché mondiale, l’anima mundi de l’ancienne tradition occidentale. Elle est constituée de chaque âme humaine individuelle, combinée à l’âme de tout ce qui existe – d’un rocher à un corbeau. Ainsi, tout mon travail – mes écrits et mon enseignement – est consacré à courtiser cette âme planétaire. Et nous nous entraînons à cet art de courtiser en cultivant l’imagination mythique, en apprenant à travailler avec le monde imaginaire. Parce que l’imagination, comme la tradition de la psychologie des profondeurs de Jung nous le dit si clairement, est la structure de la psyché, et le mythe est son langage.

Ce travail sur la culture de l’imagination mythique peut être adapté à n’importe quelle tradition, et il est profondément transformateur et initiatique. J’ai vécu deux expériences initiatiques bouleversantes au cours de ma vie. L’une d’elles – apprendre à piloter un minuscule avion à hélice monomoteur dans le ciel hivernal orageux du Kentucky, entrecoupé de la chaleur et des turbulences du désert du Nouveau-Mexique, en réponse à une peur de l’avion – c’était l’expérience initiatique classique dans laquelle nous devons activement rechercher et regarder le visage de la mort, et ainsi accepter notre propre mortalité. Cela m’a préparé à la deuxième expérience, une dizaine d’années plus tard, qui s’est déroulée pendant les quatre années où j’ai vécu dans l’une des régions les plus sauvages et les plus reculées du Royaume-Uni : l’île de Lewis dans les Hébrides extérieures. Nous vivions au bout de ce que l’on appelle « le plus long cul-de-sac d’Europe », où la route se perdait dans les montagnes et la mer, et où votre cœur se perdait avec elle, si vous n’étiez pas bien équipé, ou si vous étiez assez fou pour croire que vous aviez encore quelque chose à perdre. Les quatre années que j’ai passées dans cet endroit ont été mythiques. J’ai été déchirée, avalée, recrachée. J’ai appris les leçons les plus profondes sur les façons dont il est possible de tomber dans le rêve d’une terre particulière, de devenir une partie de son rêve, inextricablement tissé dans son nœud unique dans la toile du monde et de l’Autre Monde. Cette expérience très pratique et viscérale, a complémenté, et a été intégrée dans mes études sur nos traditions anciennes. Et ces apprentissages constituent la base de tous mes écrits (qu’il s’agisse de fiction ou de non-fiction) et des cours et ateliers que nous proposons.

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Sharon Blackie offre divers cours en ligne (en anglais), notamment Courting the World Soul qui va droit au cœur de cette reconquête de nos racines indigènes. « Fondé sur des études authentiques ainsi que sur une pratique engagée et incarnée de la mythopoétique et d’autres arts créatifs, Courting the world Soul est le cours de base d’une série d’enseignements qui visent, avant tout, à retrouver notre chemin vers le mystique – à plonger dans les mystères de la psyché sauvage et à trouver un sentiment profond et incarné d’appartenance à cette belle Terre animée. »

*Ceci est ma traduction personnelle de l’extrait – le livre, traduit par Elena Hoyer, vous donnera la citation correcte. Je serai en mesure de mettre à jour cet article quand j’aurai une copie du livre en français.

Illustration: High Tor Guardian, by David Wyatt

Reconnaissance

Je vis et travaille avec gratitude sur les terres du peuple Kaurna. Je reconnais que ces terres n’ont jamais été cédées mais volées à son peuple.

Je reconnais les aborigènes et les insulaires du détroit de Torres comme le premier peuple d’Australie et je rends hommage aux aînés passés, présents et émergeants.

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